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a baby deer standing next to an adult deer

Alimentation de la jument: mois 1 à 5 de gestation

Les cinq premiers mois de gestation sont souvent sous-estimés sur le plan nutritionnel, alors qu'ils conditionnent le développement osseux, immunitaire et métabolique du poulain. Voici ce que doit recevoir votre jument avant que la croissance fœtale s'accélère.

Alimentation de la jument gestante: que donner pendant les mois 1 à 5 ?

Les cinq premiers mois de gestation passent souvent inaperçus sur le plan nutritionnel : la jument ne change pas d’aspect, le fœtus pèse encore peu, et il est tentant de maintenir la ration habituelle sans y toucher. C’est pourtant une erreur stratégique. Ce que vous donnez à votre jument aujourd’hui conditionne la qualité de son colostrum, la solidité du squelette de son poulain et sa capacité à traverser le dernier trimestre sans déficit.

Selon les données INRA et les recommandations du NRC, 60 à 75 % de la croissance fœtale se produit au cours du troisième trimestre. Mais les fondations de cette croissance — la minéralisation osseuse, la différenciation cellulaire, la maturation du cartilage — se mettent en place dès les premières semaines. Breedio vous permet de suivre chaque étape gestationnelle pour ajuster vos rations au bon moment, plutôt que de réagir trop tard.

Quels sont les objectifs nutritionnels pendant les 5 premiers mois ?

L’objectif central en début de gestation est l’entretien optimisé, pas la surconsommation. La jument en bonne condition n’a pas besoin d’augmenter significativement son apport calorique avant le sixième mois. En revanche, trois priorités ne peuvent pas attendre :

  1. Stabilisation de la note d’état corporel (NEC) — Une jument qui entre en gestation avec une NEC inférieure à 5/9 présente des taux de conception plus bas et une implantation placentaire moins efficace. L’idéal est une NEC de 5 à 6 au moment de la saillie, et maintenue à ce niveau jusqu’au sixième mois.
  2. Apport précoce en oligoéléments — Le cuivre, le zinc et le manganèse sont indispensables à la formation du cartilage dès les premières semaines de gestation. Une carence pendant cette période augmente significativement le risque d’ostéochondrose (OCD) chez le poulain, même si celui-ci reçoit une alimentation adaptée après la naissance.
  3. Qualité protéique — Ce n’est pas la quantité de protéines brutes qui compte à ce stade, mais la disponibilité en acides aminés essentiels, notamment la lysine, premier facteur limitant dans l’alimentation des chevaux.

Comment évoluent les besoins énergétiques du mois 1 au mois 5 ?

Les besoins en énergie digestible restent proches de l’entretien pendant cette phase. Une jument en surpoids risque davantage de troubles métaboliques en fin de gestation si elle accumule trop de réserves en début de grossesse.

Le tableau suivant détaille les besoins nutritionnels d’une jument de 500 kg à différents stades de gestation, d’après les recommandations NRC 2007 et INRA 2015 :

Stade de gestationÉnergie digestible (Mcal/j)Protéines brutes (g/j)Calcium (g/j)Phosphore (g/j)
Entretien (jument vide)16,76302014
Mois 1 à 316,76302014
Mois 4 à 517,0 – 17,46602215
Mois 6 à 918,0 – 20,07503021
Mois 10 à 11 (fin de gestation)21,5 – 24,0870 – 1 00040 – 5628 – 36

Ce tableau illustre l’accélération brutale des besoins en fin de gestation : les apports caloriques augmentent de 25 à 35 %, et les besoins en calcium et phosphore doublent. Les mois 1 à 5 sont donc la période idéale pour stabiliser la NEC avant cette montée en charge — pas pour la laisser dériver.

Quels oligoéléments sont essentiels en début de gestation ?

Cuivre

Le cuivre est cofacteur de la lysyl oxydase, enzyme indispensable à la réticulation du collagène dans le cartilage en formation. Sa carence pendant la gestation est associée à une augmentation de l’incidence de l’ostéochondrose chez le poulain, indépendamment de l’alimentation reçue après la naissance. Des recherches citées dans la littérature INRA montrent que les poulains issus de juments supplémentées en cuivre présentent une minéralisation osseuse significativement meilleure.

Apport cible : 100 mg/jour pour une jument de 500 kg.

Zinc

Le zinc soutient la division cellulaire, la synthèse d’ADN et les défenses immunitaires. Il agit en synergie avec le cuivre : le rapport cuivre/zinc dans la ration doit être maintenu autour de 1:3 à 1:4. La plupart des fourrages courants sont déficitaires en zinc sans complémentation.

Apport cible : 400 mg/jour.

Manganèse

Le manganèse active les enzymes impliquées dans la synthèse des glycosaminoglycanes, constituants structurels du cartilage articulaire. Une carence se manifeste par des anomalies de développement des membres chez le poulain à la naissance.

Apport cible : 400 mg/jour.

Sélénium et vitamine E

Le sélénium et la vitamine E forment un duo antioxydant. Une jument carencée en sélénium peut mettre bas un poulain à risque de myopathie nutritionnelle (maladie du muscle blanc). Attention : le sélénium est toxique à dose excessive. Ne supplémentez jamais sans connaître les teneurs de votre fourrage ou de votre sol.

Apport cible : 1 à 3 mg/jour selon la région ; 500 à 800 UI/jour de vitamine E.

Faut-il modifier le fourrage en début de gestation ?

Pour la majorité des juments en bonne condition corporelle, un foin de qualité — graminées pures ou mélange graminées-légumineuses — reste la base idéale pendant les mois 1 à 5. Quelques points à évaluer :

  • Foin de luzerne : Riche en calcium et en énergie. Indiqué pour les juments sous-conditionnées entrant en gestation, mais à limiter chez les juments déjà grasses.
  • Foin de graminées : Densité énergétique modérée, adapté au maintien de la NEC. Généralement déficitaire en cuivre, zinc et manganèse sans complémentation.
  • Herbe pâturée : La valeur nutritive varie fortement selon la saison. La pousse printanière peut entraîner une prise de poids excessive ; la période estivale peut au contraire appauvrir la qualité.

Faire analyser son fourrage une fois par an est l’un des meilleurs investissements qu’un éleveur puisse faire avant d’ajuster la ration d’une jument gestante. Cela permet de cibler la supplémentation réelle plutôt que de suppléer par excès.

Green rolling hills with pine forest background

Un complément concentré est-il nécessaire durant cette période ?

Pour une jument en bon état corporel, les mois 1 à 5 ne nécessitent généralement pas d’apport de céréales. Un équilibreur de ration (ou ration balancer) est souvent la solution la plus adaptée : il apporte les oligoéléments, les acides aminés limitants et les vitamines nécessaires sans excès calorique.

Ce type de produit est particulièrement pertinent quand :

  • Le fourrage est de qualité insuffisante ou variable
  • La jument maintient sa NEC facilement avec le foin seul
  • On souhaite éviter l’insulino-résistance liée à une alimentation trop riche en amidon

Si la jument est sous-conditionnée (NEC inférieure à 5), une augmentation progressive d’un aliment riche en matières grasses et pauvre en amidon permet de restaurer les réserves sans perturber l’équilibre métabolique.

Quel lien entre la nutrition en début de gestation et l’immunité du poulain ?

Le colostrum — premier lait produit par la jument, unique source d’anticorps pour le poulain durant ses premières heures de vie — est le reflet de l’état nutritionnel de la jument tout au long de la gestation, pas seulement dans les dernières semaines.

Les poulains issus de juments correctement supplémentées en minéraux et vitamines présentent moins de cas d’échec de transfert passif (IgG inférieures à 8 g/L à 12–36 heures de vie). Or, l’intestin du poulain n’est perméable aux immunoglobulines que pendant les 24 premières heures après la naissance. Après ce délai, aucun colostrum ni substitut oral ne peut compenser un déficit. La qualité du colostrum est une opportunité unique — et elle se prépare dès le début de la gestation.

La vaccination de la jument un mois avant le poulinage maximise le transfert d’anticorps spécifiques dans le colostrum — mais cette vaccination ne peut compenser une carence nutritionnelle chronique.

Comment suivre les ajustements nutritionnels tout au long des 11 mois ?

Le défi de l’alimentation des juments gestantes est que les besoins évoluent de manière progressive et prédictible, mais que sans système de suivi structuré, les transitions passent souvent inaperçues — notamment le palier critique entre le mois 5 et le mois 6, où les besoins commencent à augmenter fortement.

Les fonctionnalités de Breedio permettent de :

  • Enregistrer la note d’état corporel à intervalles réguliers
  • Configurer des rappels aux étapes clés de la gestation
  • Suivre plusieurs juments simultanément, à des stades différents
  • Exporter les données pour les partager avec votre vétérinaire ou nutritionniste

Avec Suivre mes juments, vous transformez la gestion nutritionnelle d’un processus réactif en une démarche proactive, ancrée dans le suivi réel de chaque animal.

Récapitulatif : ce qu’il faut retenir pour les mois 1 à 5

À faire :

  • Maintenir la NEC entre 5 et 6 tout au long de cette phase
  • Fournir du fourrage de qualité comme base de ration (2 % du poids vif par jour)
  • Supplémenter en cuivre, zinc et manganèse sauf si l’analyse fourragère confirme les apports suffisants
  • Utiliser un équilibreur de ration si aucun concentré complet n’est distribué
  • Faire analyser le fourrage annuellement
  • Commencer le protocole vaccinal au 5e mois (rhinopneumonie, EHV-1)

À éviter :

  • Les apports caloriques excessifs poussant la NEC au-delà de 7
  • La distribution de céréales riches en amidon sans indication précise
  • La supplémentation en sélénium sans données de base sur le fourrage
  • Remettre à plus tard la correction des carences en attendant le 7e ou 8e mois

En résumé

Les cinq premiers mois de gestation ne sont pas une phase neutre — ils constituent la fenêtre de construction nutritionnelle sur laquelle tout le reste repose. Les besoins en énergie sont modestes, mais l’investissement en oligoéléments fait toute la différence sur la qualité osseuse du poulain, l’efficacité du dernier trimestre de gestation et la puissance du colostrum reçu à la naissance.

Nourrir avec précision en début de gestation, c’est protéger deux animaux à la fois. Et avec Breedio, chaque décision nutritionnelle s’appuie sur un suivi clair et centralisé de vos juments.